#11 – Vous en voulez de la photo prise de conscience ?

A Bicske, en Hongrie, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Budapest. François Hollande s'est entretenu jeudi avec Angela Merkel et le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, qui préside actuellement l'Union européenne, pour préparer des initiatives en faveur des migrants, dont le sort divise l'Europe. /Photo prise le 3 eptembre 2015/REUTERS/Laszlo Balogh

Attention, cet article contient des photos hautement violentes, à la portée de tous. Elles sont protégées, il suffit de cliquer dessus pour les voir. Cela peut heurter la sensibilité de tous, sans exception.

Ce foutage de gueule global va-t-il durer longtemps ? Cette démagogie hautement contagieuse qui, de l’impression de tous, peut soulever une collectivité, un peuple, un continent ?

Dès le réveil, hier matin. Puis toute la journée de jeudi, jusqu’à tard dans la nuit. Et cela recommence, ce vendredi matin.

Petit retour sur les faits, expliqués dès hier matin par le blog Big Browser: jeudi 3 septembre, une seule et même image s’affiche à la « une » de la presse européenne. Au Royaume-Uni, The Independent, The Guardian, The Times, The Daily Mail et même le tabloïd The Sun — qui avait jusqu’ici adopté une ligne très dure envers les réfugiés de la crise migratoire — ont tous choisi de publier l’image particulièrement choquante de ce bambin au visage tourné vers le sable, mort noyé après avoir tenté de rejoindre l’Europe.

Cette photo représente Aylan Kurdi, jeune garçon syrien venant de Kobané. Ayant fui la Guerre civile en espérant rejoindre la Grèce avec sa famille.

Aylan, 3 ans, échoué sur une plage turque, de manière anonyme, à l’aube du mercredi 2 septembre.

 

Le monde s’éveille

Ce qui n’était qu’un petit exergue dans la Checklist du Monde devient ce matin « Submergé par l’émotion, l’UE réagit. » Hier, la presse française était « sommée » de s’expliquer sur la non-diffusion en Une de cette photo. Certains se justifient, comme Libération, La Croix, France Télévisions; d’autres se rattrapent comme Le Monde…

Puis les politiques s’en mêlent. Un flot ininterrompu de tweet, de discours, de réunions d’urgence, avec résultats à la clé. Manuel Valls et son « Urgence d’agir » (euh… depuis 5 ans non?), Éric Ciotti et l' » Image d’horreur insoutenable que celle d’une enfance sacrifiée. »

Petit hommage pour l’indécente poésie de Christiane Taubira, qui d’habitude de toute beauté, aurait dû commencer à agir plus tôt au lieu de réfléchir à ce lyrisme pseudo-hypocrite.

Puis les chefs d’Etats européens, Hollande et Merkel en tête, vite suivis de notre cher président de Commission Jean-Claude Juncker trouvent les solutions miracles et se mettent d’accord pour des séries de mesure  concernant cette crise. Ce « Grand défi pour l’Europe » (dixit Mr et Mme), associé à plein de termes comme « quota« , « réfugié« , ou encore « mécanisme permanent et obligatoire« , implicite que tout sera réglé très vite. Que les refus catégoriques d’hier sont aujourd’hui les évidences de solidarité et d’entraide internationales.
 

Le poids des mots, le choc des photos

Ha, la formule n’est pas nouvelle, et elle porte ses fruits. Ça y est, les titres sortent ce matin, la radio l’annonce dès le réveil. LA « photo-choc du petit Aylan pour influer sur le cours de l’histoire » selon Le Point. L’image d’un enfant syrien mort noyé ouvre les yeux de l’Europe et « la crise des migrants » est en passe d’être réglée.

Youpiiii. Yeehaaa. C’est cool. L’Europe est sauvée. On se fait quoi maintenant, on va au ciné ? On se fait une bouffe ?

 

Car moi j’ai un problème. Et même un GROS problème.

Cette fameuse crise des migrants, ces morts en Méditerranée, ces réfugiés qui fuient l’horreur, qu’elle soit militaire ou économique, elle est apparue, euh… Dans la nuit de mardi à mercredi ?

La photo d’Aylan, soit. Mais que fait-on de tous les Aylan, avant lui, qui ont échoué sur les plages, contre les rives, ou morts sous les armes ou dans les cales des bateaux, qui n’ont pas eu la chance d’être pris en photo?

Un petit exemple rapide: Même si j’étais dubitatif à la sortie de cette image polémique, livrée par la Croix Rouge Italienne, submergée par les arrivées massives de réfugiés, tenter d’alerter l’Europe avec un #WhereIsEurope soutenu par le Comité international de la Croix Rouge et du Croissant Rouge. Quand?? En avril déjà. 
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Mais surtout, on fait quoi de tous les autres Aylan qui ont également été pris en photo, parfois au péril de la vie des photographes amateurs, sur tous les lieux de bataille dans le monde, sans que cela n’émeuve personne???
Quoi ? Vous n’étiez pas au courant ? Cela fait au moins 5 ans, qu’il n’y a pas un jour sans que l’on voit des photos aussi atroces que celle d’Aylan, prises après des bombardements a Gaza, prises dans les rues mitraillées de Syrie ou d’Irak?

Et ne me sortez pas le discours de « Mais non Ismael, tu es initié toi, il te suffit d’aller sur Reddit ou 4Chan, dans le deepweb pour avoir accès à ce genre d’info. »

FAUX!

3 clics suffisent.

(C’est à ce moment-là que j’étais en train de trier les dizaines de photos insoutenables obtenues en 3 clics sur le web, pour les publier. Mais non, je ne peux faire ça, c’est tellement violent. Je n’y arrive pas.
Mais allez-y, n’hésitez pas. Taper #Syrie Morts, #Syrie Dead Child, #Gaza Morts… aussi bien dans les moteurs de recherches de Google, Twitter, ou Facebook. C’est à portée de tous. Sans aucune barrière liée à l’âge, à la sensibilité ou à la censure. Les pires restent celles de Google, faites attention.
)

Allez, Pour vous éviter ça, voici quelques exemples. Cliquez juste sur show. Et cela reste le plus soft de ce que j’ai voulu vous montrer.

Un enfant mort dans les bras de sa maman en Syrie

NSFW (Not Safe For Work):   Show

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Un enfant mort à Gaza

NSFW (Not Safe For Work):   Show

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Un enfant sorti des décombres d’un bombardement à Gaza

NSFW (Not Safe For Work):   Show

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Alors oui, on n’a pas de sources. De vérifications journalistiques, d’enquêtes, de recoupements. Mais quand ces photos se multiplient de manière exponentielle, diffusées aujourd’hui (merci internet!) massivement sur les réseaux, ça ne peut pas être que des tentatives de manipulation de masse et des trucages graphiques.

Et justement, cacher ces photos pousse au complotisme. À croire que l’Europe et le reste du monde sont complaisants avec notre cher ami Bachar ou Benjamin. C’est le silence sur ces photos qui pousse certains à croire n’importe quoi et à s’engager dans des milices armées islamistes à l’étranger.

Alors, ne faites pas comme si vous aviez pris une claque cette semaine. Ne faites pas les innocents.

Assumez votre position de complice anonyme. Assumons.

Sinon, à quand les photos de cadavres civils à la Une de Paris Match?

(Photo de couverture: A Bicske, en Hongrie, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Budapest.  /Photo prise le 3 septembre 2015/REUTERS/Laszlo Balogh)

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